Facture imaginaire de Gustave Eiffel pour la Tour Eiffel

Et si Gustave Eiffel avait dû envoyer une facture en bonne et due forme à la Ville de Paris pour la construction de la Tour Eiffel ? Voici à quoi elle aurait pu ressembler, reconstituée à partir des montants réels de l'époque.

Facture imaginaire de Gustave Eiffel pour la construction de la Tour Eiffel en 1889

Reconstitution artistique de la facture Eiffel — 1889

Le contexte : un chantier titanesque pour l’Exposition Universelle

En 1884, l’État français lance un concours pour ériger un monument spectaculaire à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1889, célébrant le centenaire de la Révolution française. Sur 107 projets déposés, c’est celui de l’ingénieur Gustave Eiffel, accompagné des architectes Stephen Sauvestre, Maurice Koechlin et Émile Nouguier, qui est retenu.

Le contrat est signé le 8 janvier 1887. Eiffel s’engage personnellement à hauteur d’environ 80% du financement, en échange de l’exploitation commerciale de la Tour pendant 20 ans. Le chantier durera 2 ans, 2 mois et 5 jours, mobilisera entre 150 et 300 ouvriers, et consommera 7300 tonnes de fer puddlé assemblées par 2,5 millions de rivets.

Si Eiffel avait dû présenter une facture finale au Ministère du Commerce et de l’Industrie, voici ce qu’elle aurait pu contenir.

Le détail de la facture

Compagnie des Établissements Eiffel
Constructions Métalliques & Ouvrages d’Art
48, rue de Fouilleuse — Levallois-Perret (Seine)
Télégraphe : EIFFEL-PARIS • Téléphone : 117-32

FACTURE
N° 1889-TE-001
Émise le 31 mars 1889
Échéance : 6 mai 1889

ÉMETTEUR
M. Gustave Eiffel
Ingénieur civil des Ponts & Chaussées
48, rue de Fouilleuse
92300 Levallois-Perret
SIRET : 1889-CHAMP-MARS

DESTINATAIRE
République Française
Commissariat Général de l’Exposition Universelle 1889
Champ-de-Mars
75007 Paris
Réf. chantier : Tour de 300 mètres

Désignation
Quantité
Prix unitaire
Montant HT

Fourniture de fer puddlé de première qualité (Forges de Pompey)
7 300 t
480,00 F
3 504 000,00 F

Rivets fournis et posés (2/3 en atelier, 1/3 sur site)
2 500 000
0,38 F
950 000,00 F

Études, calculs & plans d’exécution (5 300 dessins)
Forfait
320 000,00 F

Main d’œuvre — jusqu’à 250 ouvriers sur 26 mois
Forfait
1 600 000,00 F

Fondations béton & caissons à air comprimé
4 piles
105 000,00 F
420 000,00 F

Ascenseurs hydrauliques Otis, Roux-Combaluzier & Edoux
5 cabines
68 000,00 F
340 000,00 F

Peinture « brun-rouge Barbedienne » — 3 couches
60 t
900,00 F
54 000,00 F

Éclairage au gaz & installations électriques du sommet
Forfait
68 000,00 F

Aménagement des 4 restaurants du 1ᵉʳ étage
4 salles
21 000,00 F
84 000,00 F

Assurances chantier & prime de célérité (livraison avant Expo)
Forfait
459 401,31 F

Conditions de règlement

Paiement en numéraire ou par traite sur la Banque de France. Tout retard entraîne un intérêt légal de 5 % l’an. Ouvrage garanti 20 ans contre tout vice de construction, conformément à la convention du 8 janvier 1887.

L’Ingénieur,
G. Eiffel

Sous-total
7 799 401,31 F
Subvention de l’État
(convention du 8 janvier 1887)

1 500 000,00 F
Net commercial
6 299 401,31 F
Droit de timbre (0,50 %)
31 497,01 F
Contribution des patentes
12 500,00 F
Net à payer
6 343 398,32 F
Compagnie des Établissements Eiffel • Capital 5 000 000 F • RCS Seine 1889


Facture détaillée de Gustave Eiffel adressée à la Ville de Paris pour les travaux du Champ-de-Mars

Combien cela représenterait-il aujourd’hui ?

Le coût total final de la Tour Eiffel s’est élevé à 7 799 401 francs-or, selon les archives de la Compagnie Eiffel. Convertir cette somme en euros 2026 dépend entièrement de la méthode retenue, et les écarts sont considérables.

Selon la méthode du pouvoir d’achat (inflation cumulée depuis 1889, indice INSEE), la facture équivaudrait à une fourchette comprise entre 32 et 40 millions d’euros. C’est la méthode généralement retenue par les historiens et reprise notamment par Wikipédia.

Selon la méthode de la valeur-or intrinsèque (1 franc-or = 0,29 g d’or fin, soit environ 2 260 kg d’or pour la facture totale, au cours actuel d’environ 80 000 € le kilo), on arrive à près de 180 millions d’euros. Cette méthode reflète davantage la valeur réelle du métal mobilisé à l’époque.

La vérité économique se situe quelque part entre les deux, autour de 50 à 100 millions d’euros selon les pondérations entre matériaux, main-d’œuvre et foncier. À titre de repère, l’État n’avait financé que 1,5 million de francs sur l’ensemble, le reste ayant été porté personnellement par Gustave Eiffel et un syndicat bancaire (ancêtres de BNP Paribas et Société Générale), en échange de l’exploitation commerciale de la Tour pendant 20 ans.

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Le saviez-vous ?

  • Gustave Eiffel a rentabilisé son investissement personnel en moins d’un an grâce aux 2 millions de visiteurs payants de l’Exposition Universelle.
  • La Tour devait être démontée en 1909 selon le contrat initial. Elle a été sauvée grâce à son utilité pour la télégraphie sans fil militaire.
  • Aucun ouvrier n’est mort pendant la construction — exploit rarissime pour l’époque, salué dans les journaux comme un « miracle d’organisation ».
  • La peinture actuelle nécessite 60 tonnes appliquées tous les 7 ans, soit exactement la quantité utilisée par Eiffel lui-même en 1889.

Méthodologie

Cette facture est une reconstitution éditoriale à but pédagogique et divertissant. Les montants sont basés sur les coûts réels documentés du chantier (sources : archives de la Société d’Études de la Tour Eiffel, ouvrages de Bertrand Lemoine et Henri Loyrette). La répartition par poste de dépense reflète les estimations historiques disponibles, mais le format facture lui-même est imaginaire — la comptabilité publique de 1889 ne fonctionnait pas exactement ainsi.